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Réfractions n°26 | La Place du peuple
Collectif Réfractions
Article mis en ligne le 31 mai 2011
dernière modification le 20 juin 2019
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France, octobre 2010. Les rues, les places sont noires de monde.
Le peuple dit non au gouvernement. Et pourtant, à l’heure du bilan : échec ou trahison, ces termes reviennent dans plusieurs
articles, et cela donne une atmosphère « bizarre ». Y a-t-il quelque chose de nouveau ?

Malgré l’échec, l’impression d’avoir vécu quelque chose d’important, à l’automne 2010 en France, est marquée par une certaine allégresse. Il y eut des mélanges et des échanges entre différentes catégories de travailleurs ou de non travailleurs, chômeurs, lycéens, retraités. Ce fut un mouvement dans lequel les anarchistes se sont sentis à l’aise, où leur parole était écoutée, leurs slogans repris dans les manifs, dans les assemblées générales, dans les blocages.
Un mouvement qui a démarré très lentement sous le contrôle des grandes centrales syndicales, désireuses d’asseoir leur pouvoir en vue de négociations sur lesquelles elles n’étaient pas d’accord et que, de toute façon, le gouvernement devait refuser. Puis, devant la fermeté du gouvernement, la pression de la base a augmenté, a augmenté.

En parallèle se déroulait l’affaire Woerth Bettencourt. Ce scandale illustrait parfaitement la collusion entre le pouvoir politique et les grandes fortunes françaises ; il a certainement contribué à la colère et à la détermination. (Plus tard, dans les pays arabes, c’est la corruption qui jouera un grand rôle dans les révoltes. Ce n’est pas au même niveau, mais… ce sera plus tard.)

Le thème des retraites s’élargit alors à une contestation plus globale du système en général. Si les grèves sont restées relativement limitées (l’idée de grève générale est restée une vision lointaine), les blocages ont fait peser une réelle menace sur le gouvernement, même s’ils ne généralisent pas. Ils n’ont été d’ailleurs soutenus que mollement par les syndicats « représentatifs ». En contraste avec le peu de participation des étudiants et l’échec des tentatives en ce sens, la participation des lycéens, voire des collégiens, fut remarquée. La plupart n’avaient pas de revendication bien nette, mais témoignaient de quelque chose, au moins, ils affirmaient leur existence.

Un échec ? Évident, si on considère l’impossibilité que le mouvement perdure : l’échec des assemblées générales (qui n’ont pas réussi à s’élargir au-delà des militants) destinées à fournir une base radicale pour les conflits à venir, le fait que n’ait pas été remise en cause, de manière ouverte, la structure même du système capitaliste. Et, bien sûr, le gouvernement n’a pas cédé d’un pouce. Mais il reste le souvenir de l’allégresse dans laquelle ont baigné ces journées, même si certains l’ont payée assez cher.

Alors, un « coup d’épée dans l’eau » ? Sans doute, si on se réfère au but proclamé des manifestations, aux grèves (qui sont restées minoritaires) et aux actions proprement syndicales. Mais il ne faut pas oublier qu’un coup d’épée dans l’eau provoque des ondes dont nul ne peut prévoir la trajectoire ni l’effet qu’elles peuvent produire.

Peu de temps après, c’est sur les places de Tunisie et d’Égypte que le peuple est présent. Bien des choses séparent ces épisodes de ceux qui ébranlent aujourd’hui le monde arabe. L’ampleur de la répression et le caractère totalitaire des régimes auxquels ces révolutions se heurtent n’ont rien à voir avec ce qui s’est passé en France, où les bavures ont été relativement rares, même si la répression fut disproportionnée. Il n’y a pas eu de mort, et ce n’est pas une mince différence. À l’heure où nous écrivons ceci, deux de ces insurrections ont réussi. Mais en Syrie, à Bahreïn, en Libye et au Yémen, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas gagné. Pas gagné non plus en Algérie où les manifestations ont été étouffées dans l’œuf, grâce à une police efficace, peut-être formée en France.
Quelque chose cependant sonne comme un rappel. Regardons les places centrales des villes où se sont rassemblés les manifestants. Regardons l’importance qu’elles ont prise. Ces places sont généralement destinées à vanter la gloire des pouvoirs en place, y compris lorsque ces pouvoirs sont ceux de la marchandise. Elles se sont transformées en lieux d’échanges et de controverses, où se sont retrouvés les prolétaires, ceux qui « n’étant rien » aspirent à devenir « tout ». Mais aussi les moins-que-rien : chômeurs, diplômés sans emploi, lycéens (dans tous ces lieux, présence de très jeunes gens), etc. Mais aussi lieux d’affrontements : les chameliers attaquant les manifestants de la place Tahrir, les manifestations de soutien à Kadhafi, etc. Le peuple, ce n’est pas une masse homogène, aspirant d’une seule voix à la révolution.

Il y a aussi ceux qui ont tiré profit des régimes en place et qu’une position de mercenaires a amenés à soutenir. Il y a ceux qui considèrent qu’une situation de larbins est « moins pire » que la mort pour soi et ses enfants. Il y a ceux qui craignent les représailles ou qui sont intoxiqués par des décennies de propagande. Et puis, même là où les insurrections ont vaincu, on a vu intervenir, après coup, les « élites » qui, au grand soulagement des Occidentaux, ont reconstitué des embryons de gouvernements. Cependant, en Tunisie comme en Égypte, les places ont tenu, maintenu la pression.


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P.S. :

Réfractions n°26 | La place du peuple
Collectif Réfractions, 128 pages, 12 euros


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