Les aventures de Chéri-Bibi par Gaston Leroux, tome 1

lundi 21 septembre 2009
par  cécile
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Qui ne connaît pas Chéri-Bibi ? Son nom est devenu, dans l’inconscient collectif, emblématique du mauvais garçon à la sale gueule et au grand cœur. Bagnard écrasé par le sort, bref, la mouise, il ne cesse de répéter « Fatalitas ! » comme s’il poussait un soupir devant tant d’acharnement de la malchance à son encontre. Toute son histoire est marquée par l’infamie de crimes qu’il n’a même pas commis, mais dont il a le profil type pour endosser la responsabilité. A mauvais endroit, au mauvais moment, pourrait-on dire, et surtout de la mauvaise classe sociale, nous fait vite comprendre Gaston Leroux. Après le succès énorme qu’avait connue la publication des aventures de ce « criminel malgré lui » en 1913, le feuilleton télévisé tiré des aventures de notre bagnard et de ses compagnons de sort avait marqué les esprits dans les années 70, mais bien peu de gens ont, aujourd’hui, lu cet ensemble romanesque concocté par Gaston Leroux, le créateur d’un autre héro populaire : Rouletabille. Les éditions Libertalia nous donnent donc l’occasion de nous replonger avec délectation dans cet ouvrage trop oublié, et à vrai dire carrément mal connu et sous-estimé.D’abord publiées sous forme de feuilleton, les aventures de Chéri-Bibi ont par la suite été en quelques sorte compilées, le premier tome de ce regroupement étant Les cages flottantes. L’ambiance n’est pas celle de la « Croisière s’amuse », même si, par bien des aspects, l’humour ne manque pas. Gaston Leroux, s’il ne dénonce pas le bagne et les conditions des bagnards à la manière d’un Albert Londres, met cependant de facto le lecteur du côté des enfermés, des réprouvés que l’on déporte loin de la métropole. L’administration pénitentiaire n’est pas ménagée, et la sympathie du lecteur va instantanément à ces malfrats qui, s’ils sont de mauvais garçons, ont cependant, même à eux seuls plus de cœur que tous les surveillants réunis. Ces derniers, trouillards et incompétents, n’ont que la force pour eux, laquelle ne vaudra pas grand-chose face à la détermination et à la solidarité … Tout en se défendant d’être un anarchiste, Chéri-Bibi n’aspire qu’à un ordre social plus juste, à la tranquillité, bref, à devenir un bourgeois comme un autre ! Derrière l’acharnement du sort, de la fatalité à l’encontre de son héros, Gaston Leroux dénonce la position au-dessus des lois des classes dominantes, de la bourgeoisie, et l’injustice à laquelle est soumise sans répit la classe populaire, condamnées d’avance. Pourtant, au-delà des sujets graves abordés qui servent de support et de décors à l’intrigue (l’injustice sociale, la déportation au bagne), on se laisse séduire dès les premières pages par le style de Leroux. Il nous tient en haleine, nous dépeint avec brio des personnages attachants et aux personnalités fortes. On devient vide accro à la lecture de ces pages de fiction populaire, et on se surprend à dévorer ce recueil, de rebondissement en rebondissement, en se demandant au final pourquoi celui-ci ne faisait pas déjà partie de notre bibliothèque. Au-delà de la très bonne idée d’une telle publication, les éditions Libertalia ont eu la bonne idée de commander une fort bonne préface à l’auteur du fanzine Chéri-Bibi, qui, naturellement, s’en donne à cœur joie sans manquer une occasion de nous instruire davantage sur le contexte et le sens à donner à cette lecture. Élément incontournable de cette édition, la contribution d’un dessinateur bien connus du lectorat du Monde Libertaire : en effet, c’est Tôma Sickart qui illustre non seulement la couverture mais aussi les chapitres de ce recueil. Et le résultat est des plus enthousiasmants : les gueules de malfrats, les costumes et les décors servent le texte sans le pervertir, et donnent une atmosphère qui convient à merveille aux aventures de notre héros. Pour finir, une bonne nouvelle qui celles et ceux qui ont déjà lu ce tome : le deuxième tome des aventures de Chéri-Bibi, intitulé Chéri-Bibi et Cécily, sortira début octobre 2009, et sera cette fois illustré par le talentueux Thierry Guitard. Bibo