1914-1918. Quatre soldats en permission partent explorer une grotte. Hommes perdus dans les dédales souterrains, ils se débattent avec la peur tandis qu’en surface on se perd en conjectures sur leur disparition…
Les protagonistes défilent, avec chacun ses motifs, comme une accumulation de lâchetés ordinaires.
Ni un roman de guerre, ni un manifeste antimilitariste, ni une nouvelle fantastique, mais une histoire tragique et banale à la fois, que l’auteur révèle en plans serrés, au plus près de ses personnages, de leur souffle et de leur angoisse, auxquels nous sommes suspendus du début à la fin, ayant pour seules respirations quelques retours en surface, d’où l’on espère que vienne la possibilité d’une issue.
Mais c’est un autre drame qui se joue au plein air, où rivalisent l’ignorance, l’indifférence et la bêtise.
Né en 1896 dans une famille ouvrière, Henry Poulaille fréquente dès son jeune âge les milieux libertaires. Après avoir trimé comme garçon de course, manœuvre, vendeur de journaux ou à l’usine, il pénètre le monde littéraire dans les années vingt et est embauché chez Grasset. Il y fait publier Giono, Ramuz, Zweig, Cendrars et bien d’autres, fonde de multiples revues, et s’érige bientôt en chef de file et infatigable promoteur de la littérature prolétarienne. Anti-Zola pour certains, anti-Céline pour d’autres, il laisse derrière lui une œuvre colossale, aujourd’hui tombée dans l’oubli. Ils étaient quatre est le roman par lequel il fait son entrée en littérature en 1925 – une entrée fracassante. Henry Poulaille est décédé en 1980.
Né en 1961, Fredman est un dessinateur autodidacte. Il a vécu de la BD d’humour avant de se former, aux Gobelins, au métier de graphiste, qu’il exerce aujourd’hui à la télé et au cinéma. Pour nous, il est surtout l’auteur d’une œuvre remarquable sur l’expérience traumatisante de la guerre. En 2008 paraît La Vie secrète (Casterman) ; puis, en 2018, son adaptation graphique des Carnets de guerre de Louis Barthas. 1914-1918 (La Découverte).
Le mot de l’éditeur :
La réédition d’Ils étaient quatre est une modeste contribution pour faire connaître les écrits et les réflexions de son auteur. Outre l’engagement de Poulaille en faveur de la littérature prolétarienne, c’est son indéfectible refus de la guerre qui nous a frappés, particulièrement dans les temps présents, marqués par le retour de la petite musique militaire – un bellicisme accru des États, leur réarmement, le retour de la propagande de guerre, que suivra immanquablement le musellement de toute opposition à cette logique mortifère. Pacifiste convaincu, farouchement anti-militariste, Henry Poulaille avait écrit ces quelques vers pour la revue Les Humbles, en 1924 :
Non !... Tais-toi sale musique
Non je ne veux pas te suivre
Et pour m’arracher aux cuivres
Je prends la rue qui oblique