Librairie Publico,
spécialisée en livres anarchistes et de critiques sociales depuis 1958
Descriptif du site
L’Œil du maître
Matteo Pasquinelli
Article mis en ligne le 17 avril 2026
dernière modification le 16 avril 2026

par Libraire

Une histoire sociale de l’intelligence artificielle

L’intel­li­gence arti­fi­cielle pré­tend percer le mys­tère de l’intel­li­­gence, dont le secret se cache­rait dans l’esprit humain ou la phy­sio­lo­gie du cer­veau. À rebours de ce mythe, L’Œil du maître en pro­pose une généa­lo­gie maté­ria­lis­te : depuis les ori­gi­nes algo­rith­mi­ques des rites de mesure jusqu’aux dis­po­si­tifs contem­po­rains d’auto­ma­ti­sa­tion et de sur­veillance, l’IA appa­raît comme une tech­ni­que d’appro­pria­tion du tra­vail col­lec­tif.

Son code n’imite pas l’intel­li­gence bio­lo­gi­que, mais la struc­ture du tra­vail, de l’auto­ma­ti­sa­tion et des rela­tions de pou­voir qui orga­ni­sent la pro­duc­tion depuis l’ère indus­trielle. Des machi­nes à cal­cu­ler de Babbage aux algo­rith­mes de reconnais­sance d’images, elle devient l’ins­tru­ment d’extrac­tion, de contrôle et d’orga­ni­sa­tion de l’acti­vité humaine.

Se des­sine alors la figure du maî­tre : celui qui règle les ryth­mes, les caden­ces et les gestes, qui orga­nise le savoir et condi­tionne les condui­tes. Loin des fic­tions de cons­cience machi­ni­que, le « mys­tère » de l’IA n’est rien d’autre que l’auto­ma­ti­­sa­tion portée à son point extrême – c’est-à-dire l’appro­fon­­dis­se­ment de la domi­na­tion du capi­tal.


Matteo Pasquinelli est pro­fes­seur asso­cié en phi­lo­so­phie des scien­ces à l’Université Ca’ Foscari de Venise. Son livre L’Œil du maître a reçu le Deutscher Memorial Prize en 2024.


Dans la même rubrique