Naissance d’une presse anarchiste ?
1841 : que sait-il passé après onze ans de règne de Louis-Philippe, onze ans de bancocratie ? Proudhon, jeune typographe inconnu, a produit l’an passé un véritable choc éditorial : Qu’est-ce que la propriété ? Un fracas idéologique que résume cette ravageuse formule : « la propriété, c’est le vol ».
Un ancien procureur proscrit, ancien député, Cabet, a publié anonymement Voyage en Icarie qui sera un moment la bible des communistes, et Louis Blanc, jeune journaliste pauvre, provoque avec L’Organisation du travail, un succès de librairie inespéré qui sera réédité neuf fois en dix ans : l’œuvre socialiste et républicaine par excellence pour des décennies.
Enfin, en juillet 1841, paraît L’Humanitaire, un journal qu’on prétend communiste mais qui est aussitôt condamné par tous les périodiques communistes. Bien avant Marx, quelques philosophes des faubourgs veulent fonder une science sociale, débarrassée de toute convention bourgeoise, purifiée de tout préjugé, émancipée de toute croyance, de toute morale religieuse.
Hélas, en ces temps, la plupart des esprits, même scientifiques, n’ont pas renoncé aux révélations bibliques : hourvari d’indignations ! La justice correctionnelle a donc corrigé ces barbares anarchistes !
Depuis l’échec de Blanqui et de Barbès en 1839, la révolution, impuissante dans la rue à ce moment, a surgi dans la presse. Franchement matérialiste et même anarchiste, ce journal est assurément un témoin original de la formation d’idéologies radicales, sous la Monarchie de Juillet.